Arieh Eldad, un des leaders de l'Union nationale, vient de conclure un accord avec le Parti national religieux (PNR) pour former une liste commune.Il représente la frange la plus radicale de la droite israélienne.
Au terme d'âpres négociations, vous avez conclu une alliance avec le Parti national religieux. Est-ce l'échec de la campagne contre le retrait du Goush Katif qui vous a poussé à vous unir ?
Les militants qui ont manifesté cet été contre le retrait du Goush Katif nous ont montré qu'ils voulaient que tous les leaders du camp national aillent dans le même sens. Ils ne voulaient pas avoir à se demander pour qui ils devaient voter. Cette alliance me semble surtout salutaire pour un parti comme le PNR qui n'était crédité que de trois ou quatre mandats dans les sondages. Il se trouvait dans une situation très critique. Je suis quant à moi convaincu que cette union nous donnera d'avantage de sièges que la somme de ceux que nous aurions obtenu séparément. Je ne dirais pas que c'est l'échec du Goush Katif qui est à l'origine de cette prise de conscience mais plutôt la crainte de nouveaux retraits. Nous avons très peur de ce qu'Olmert et l'extrême gauche feront s'ils remportent les élections.
Vous vous attendez donc à de nouveaux retraits ?
Kadima n'a pas de projet politique. En fait, il souhaiterait suivre la Feuille de route mais c'est impossible à cause du Hamas. Il ne lui reste donc que la possibilité de retraits unilatéraux. Mais ces retraits sont suicidaires. On a bien vu ce qui s'est passé lorsque Sharon s'est retiré de Gaza : le Hamas est arrivé au pouvoir. Si on continue sur cette voie, cela renforcera encore davantage le Hamas.
Croyez-vous le Premier ministre si naïf ?
Même s'il sait que cela est suicidaire, il n'a pas le choix parce qu'il a promis aux électeurs des frontières définitives pour Israël. La gauche exigera toujours plus de lui et il ne pourra pas se passer de son soutien car la droite et le camp national n'ont aucune confiance en lui. Si nous ne travaillons pas dur pour ces élections et si nous n'arrivons pas à constituer une majorité d'au moins soixante députés du camp national, je crains fort qu'il ne faille s'attendre à de nouveaux retraits.
Dans les sondages, Kadima reste en tête et les Israéliens semblent favorables à de nouveaux retraits.
Il faut séparer ces deux aspects. La majorité des Israéliens sont contre de nouveaux retraits lorsqu'on leur pose précisément la question. En revanche, il est vrai que Kadima est toujours crédité d'une quarantaine de mandats. Ce phénomène est très intéressant. A mon avis, cela révèle une déception profonde envers les partis traditionnels que ce sont le Likoud et Avoda et bien sûr Shinouï, qui est quasiment rayé de la carte politique. Cela dit, je reste persuadé que les gens n'ont aucune confiance en Olmert.
Quel regard portez-vous sur les violences d'Amona ?
Je pense qu'il n'y aurait sans doute pas eu de retrait du Goush Katif s'il y avait eu un Amona à Kfar Maïmon. Amona a marqué une étape très importante dans les relations entre le mouvement des implantations et l'Etat d'Israël. Depuis longtemps, l'Etat a compris quelles étaient les limites de sa force par rapport aux Arabes israéliens. Il y a eu 13 morts lors des émeutes de Nazareth en 2000, mais aujourd'hui personne n'oserait riposter par la force quand des supporters de l'équipe de Sakhnin jettent des pierres sur des policiers. L'Etat a aussi mesuré ses limites contre les religieux orthodoxes. Récemment, le gouvernement a été très embarrassé par la publication dans la presse internationale de photos montrant des policiers israéliens maltraitant des haredim lors d'une manifestation contre le tracé de la route numéro 6 qui devait endommager un cimetière. L'Etat d'Israël a aussi compris qu'il ne pouvait pas tout régler par la force dans l'affaire des constructions illégales des Bédouins dans le Néguev. Il y a 60 000 constructions illégales dans le Néguev. Personne n'imaginerait envoyer 10 000 policiers détruire ces maisons. Eh bien j'espère qu'Amona fera comprendre à l'Etat qu'il y a aussi des limites à respecter avec les habitants des implantations.
Ce sont de drôles de comparaisons !
C'est une simple observation de la conduite du gouvernement. Il ne raisonne pas logiquement, en termes de bien ou de mal. Il se positionne par rapport à la réaction de l'ennemi. Il est clair que Tsahal a le pouvoir d'arrêter les tirs de roquettes Kassam depuis Gaza. Le ministre de la Sécurité intérieure avait même dit avant le retrait que s'ils osaient tirer une seule roquette, on allait voir ce qu'on allait voir. Ils ont tiré plus de 400 roquettes et il ne s'est rien passé. L'Etat d'Israël sait que l'utilisation de sa force a des limites. C'est vrai par rapport aux Arabes, c'est vrai aussi par rapport aux Juifs.
Quelle est votre solution pour en finir avec le conflit israélo-palestinien ?
Je suis pour une séparation fonctionnelle, pas territoriale. Nous pensons qu'il est possible d'arriver à une situation où un Arabe de Naplouse pourra aller voir son frère à Ramallah puis de là son père à Hébron sans croiser un seul Juif sur la route et sans avoir à passer un seul barrage militaire. Les Arabes pourront vivre selon leur culture et leur religion. Ils pourront gérer leur économie, leurs ressources d'eau, leur environnement, etc. Mais ils n'auront pas de compétences en matière de sécurité, pas d'armée et pas de politique étrangère.
Ces Palestiniens n'auraient donc pas d'Etat ?
Nous estimons que la Jordanie est l'Etat-nation des Palestiniens. 75 % des Jordaniens sont des Palestiniens. Ce ne serait pas un drame si tout comme aujourd'hui les Arabes de Jérusalem se rendent à la poste pour élire leurs députés à Ramallah les Arabes de Ramallah vont dans leur bureau de poste pour voter pour les députés de leur Parlement à Amman. Nous voulons faire la différence entre citoyenneté et droit de résidence. Entre la mer et le Jourdain, il ne doit y avoir qu'un seul Etat, l'Etat d'Israël. Les Arabes qui y vivent doivent avoir tout les droits à titre privé mais pas de droits nationaux. Quant aux habitants des villages de Judée-Samarie, ils continueront à être régis par la loi israélienne. Nous sommes convaincus qu'il est possible d'arriver à une forme de coexistence pacifique.
Que faites-vous du droit au retour des réfugiés, une des principales revendications palestiniennes ?
Il est impossible que ces réfugiés s'installent en Judée-Samarie. Ils pourront s'installer dans les immenses territoires vides du nord du Sinaï égyptien ou du nord de la Jordanie. Ces espaces ne demandent qu'à être développés. Les Arabes de Judée-Samarie s'installeraient volontiers là-bas si on leur offrait des opportunités en terme d'emploi. De là-bas, ils pourront continuer à rêver à Haïfa, à Safed ou à Jaffa. Il faut qu'ils arrêtent de rêver à ce droit au retour en Israël. Je respecte leur attachement à ce qu'ils considèrent être leur terre, la "Palestine". J'aimerais bien qu'il y ait plus de Juifs comme eux, aussi attachés à leur pays, à Eretz Israël.
Les Israéliens francophones, notamment les nouveaux arrivants, sont réputés particulièrement sensibles à vos idées !
Je n'ai pas fait d'enquête là-dessus mais c'est effectivement le sentiment que j'ai quand je les rencontre dans les grandes villes ou dans les villages de Judée-Samarie. Après leur accent français, ce que je remarque c'est leur fierté d'être juif et de vivre en Eretz Israël. Je ne veux pas généraliser mais j'ai l'impression que les francophones sont plus proches de nos idées que d'autres communautés.