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Ytzhak Levy en campagne

Par Ugo Rankl pour Guysen Israël News

Lundi 20 mars 2006 à 12:15

Un soir de février, à Netanya.

Dans une salle du Park Hôtel de sinistre mémoire. Une cinquantaine de personnes se sont réunies pour écouter le Rav Yitzhak Lévy exposer le programme d’un nouveau parti né de la fusion du Parti National Religieux (MAFDAL) et du Parti d’Union Nationale (HIROUD LEHUMI).

Le candidat est en retard. Il est quelque part dans le sud ou dans le nord du pays.

Mais il arrive. Il faut attendre, une heure tout au plus. Une heure c’est long. Les gens patientent en parlant. Les conversations ne sont pas très gaies. Il y a dans la salle un homme dont la femme a passé plusieurs semaines derrière les barreaux après les manifestations contre le désengagement de Gaza.

Cette mère de famille, sans histoires jusque là, risque un an de prison ferme. On ne comprend pas. Comment le gouvernement israélien en est il arrivé à traiter ceux qui se considèrent comme les plus fervents amoureux de ce pays comme des criminels ? Des criminels ou bien pire : des terroristes. Les événements d’Amona viennent tout juste de se produire. On est encore sous le choc des images. Les policiers qui chargent sans pitié les groupes de manifestants... Les têtes fracassées... le sang, le feu et les larmes... Les adolescents jetés par les fenêtres, bousculés, piétinés par les chevaux.
Et il y a eu ces mots terribles qui ont fait mal à tous ceux qui n’étaient pas à Amona mais qui partageaient la colère et les illusions des manifestants. Ces jeunes, a dit Ehud Olmert, sont le ‘‘Hamas juif’’. Comme si des juifs pouvaient se comporter comme des tueurs du Hamas... Dans la salle on a du mal à taire sa colère, à cacher son incompréhension. On attend des explications, des mots pour dissiper le malaise qui est là, obsédant depuis que Sharon qu’ils ont tant aimé ‘‘les a trompés’’.

Le député Levy arrive enfin. Son retard, il l’explique par le fait que cette journée est très particulière. Les négociations qui ont abouti à la fusion du Mafdal de Zevulun Orlev et du Hiroud Lehumi viennent tout juste d’aboutir. Yitzhak Levy a appartenu à l’un et à l’autre des partis. Il a été ministre plusieurs fois, député depuis toujours semble-t-il.

Difficile de suivre le parcours de cet homme politique blanchi sous le harnais. Difficile de comprendre cette fusion. On veut des explications, on veut savoir si le nouveau parti est une alternative sérieuse au Likoud. Yitzhak Levy parle clair. Sharon s’est trompé et il a entraîné le pays vers la catastrophe. Le Premier Ministre pensait que le désengagement signifiait la paix avec les Palestiniens. C’était une terrible erreur. Le désengagement a provoqué la montée en puissance du Hamas.


La démonstration se poursuit : ‘‘Il ne faut pas d’état palestinien parce que les Palestiniens sont toujours séduits par les positions les plus dures. Hier, ils ont choisi l’Irak et Saddam, aujourd’hui l’Iran et Ahmadinejad. Tous les autres partis veulent la création d’un état palestinien. Tous sauf le mouvement né de la fusion de Mafdal et de Hiroud Lehumi. Depuis 1967, nous le disons, il ne faut pas de nouvel état arabe dans la région et surtout pas un état qui n’attend que la première occasion pour installer le Hezbollah, l’Iran et Al Qaeda aux frontières d’Israël ‘‘. Pour que le pire ne se produise pas, Yitzhak Levy ne voit qu’une solution : faire en sorte que les sionistes religieux envoient au moins 15 députés à la prochaine Knesset.

C’est un pari ambitieux, d’aucun disent impossible tant on s’attend à une large victoire de Kadima et à une très large abstention. Yitzhak Levy prévient que ceux qui ne veulent plus rien céder aux Palestiniens ne doivent pas disperser leurs voix. Les sionistes religieux assommés par le désengagement, humiliés après Amona ne doivent pas être tentés de voter pour des partis extrémistes qui n’ont aucune chance de peser à la prochaine Knesset. Yitzhak Levy s’en prend ainsi durement à Baruch Marzel, ‘‘un ami’’ pourtant, ‘‘un homme qu’il connaît depuis des années’’ mais ‘‘qui ne sait que jeter des pierres, qui ne peut que détruire et n’a jamais rien fait de positif dans sa vie...’’ Céder à la colère et voter pour des extrémistes comme Marzel, c’est faire le jeu de Kadima, explique Yitzhak Levy.

C’est justement pour éviter l’éparpillement des voix et capitaliser le ressentiment contre Ariel Sharon et Ehud Olmert que le Mafdal et Hiroud Lehumi ont décidé de fusionner. De l’aveu même de Zevulun Orlev, le dirigeant du Mafdal, cette union a heurté au moins 20 pour cent de ses électeurs et de nombreux points de dissensions subsistent entre lui, Benny Elon et Effi Eitam. L’électorat traditionnel du Mafdal - un parti actif en Palestine puis en Israël depuis 1902 - craint une radicalisation du mouvement sous l’influence du Hiroud Lehumi. Zevulun Orlev, un homme politique très respecté, a promis qu’il pèserait de tout son poids pour éviter une dérive extrémiste.

Benny Elon, qui a pris la direction de la coalition, veut apaiser les craintes. Il a adopté un ton modéré sur un certain nombre de questions concernant la société israélienne, mais il a également tracé des lignes rouges que le nouveau parti ne franchira jamais. Pour Benny Elon, la création d’un état palestinien ne doit même plus être envisagée. Cette idée n’a apporté que difficultés et malheurs à Israël. Cela ne signifie pas pour autant que les Juifs doivent gouverner les Palestiniens. Cette alternative est au moins aussi dangereuse que la naissance d’un nouvel état arabe ‘‘dirigé par un gang criminel’’ aux frontières d’Israël. Benny Elon veut que ‘‘l’option jordanienne’’ soit ramenée au coeur des débats pour résoudre le problème palestinien. Partant du principe que la Jordanie est déjà un état palestinien par sa population et sa culture, Benny Elon estime logique qu’Israël garde les territoires conquis en 1967 mais que tous les habitants non juifs de Judée Samarie deviennent des citoyens jordaniens. Ainsi, la sécurité d’Israël et sa présence sur des terres où son histoire s’est forgée seraient garanties. La solution jordanienne résoudrait également les problèmes des Palestiniens qui, en devenant citoyens du royaume hashémite, échapperaient au contrôle des Israéliens et à sa prise en otage par le Fatah ou le Hamas.

Selon Benny Elon, la coalition Mafdal - Hiroud Lehumi peut envoyer 15 députés à la Knesset et devenir la pierre angulaire d’une forte coalition de droite qui empêchera Kadima d’accéder au pouvoir. Dans le scénario idéal imaginé par Benny Elon, Binyamin Netanyahu est le prochain Premier Ministre israélien et les ministères de la Justice, des Affaires Etrangères et de l’Education vont au Mafdal – Hiroud Lehumi. Ainsi, les sionistes religieux, désemparés après le désengagement de Gaza et ‘‘humiliés’’ à Amona, retrouveraient leur fierté.

Mais cela n’est qu’une étape. Pour Benny Elon, en effet, le temps du Likoud est révolu et il faut qu’une nouvelle élite politique émerge en Israël. Ce renouvellement ne peut se construire qu’autour des sionistes religieux qui seraient les seuls à pouvoir préserver le caractère juif d’une démocratie israélienne, moderne, ouverte, sure de ses droits et de sa force. Pour que le rêve se réalise, il faut que les electeurs potentiels du Mafdal - Hiroud Lehumi se débarrassent d’une mentalité de vaincus, qu’ils traînent comme un boulet depuis le désengagement de Gaza et la destruction des implantations juives. Le risque, si le sionisme religieux ne retrouve pas très vite son enthousiasme et sa passion pour Israël, est de voir les meilleurs de ses membres abandonner cette famille de pensée et rejoindre d’autres partis. Déjà, le rabbin Yoel Bin Nun a rejoint Kadima, l’ennemi juré.

Mais cette ‘‘trahison’’ ne serait que l’initiative personnelle d’une personnalité égarée. Bien plus dangereuse est ‘‘la haredisation’’ de l’électorat sioniste religieux. Estimant qu’ils ont été trahis par l’Etat d’Israël qu’ils ont tant aimé, certains pourraient se laisser séduire par le discours des ultra orthodoxes qui affirment que les Juifs n’ont rien à espérer d’un gouvernent sioniste quelle que soit sa coloration politique. N’ayant rien à attendre de l’Etat d’Israël, les religieux doivent se désengager de la vie politique, suivre scrupuleusement les consignes électorales de leurs rabbins qui ne cherchent qu’à défendre les intérêts immédiats, quotidiens de leurs communautés. Le sionisme religieux, s’il ne retrouve pas très vite le goût de se battre pour Israël, risque de disparaître dans le brouillard politique de l’ultra orthodoxie. Pour les dirigeants de la coalition Mafdal Hiroud Lehumi, rien ne pourrait être plus dangereux pour l’avenir du pays.



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